—Sarah! s'écria le comte transporté, Sarah, chère adorée, voilà une parole qui vaut toute cette fortune que vous m'accusez de risquer!
Encore qu'elle eût appris à se défier des apparences, Mlle Henriette ne pouvait supposer que cette scène n'était qu'une habileté suprême, destinée à enfoncer plus profondément dans la cervelle du comte l'idée qu'on y avait plantée.
Elle devait croire plutôt, et elle crut, que cette société des pétroles, conception de sir Tom, déplaisait souverainement à la comtesse Sarah, et que par suite la discorde était au camp de ses ennemis...
Le résultat de ses réflexions fut une longue lettre à un homme pour lequel sa mère professait une estime particulière: le duc de Champdoce. Après lui avoir exposé sa situation, elle lui expliquait toute l'affaire, le conjurant d'intervenir pendant qu'il en était temps encore.
Sa lettre achevée, elle la remit à sa camériste Clarisse, en lui recommandant de la porter immédiatement à son adresse...
Hélas! l'infortunée touchait à un événement qui devait être décisif.
Etant par hasard descendue sur les talons de sa confidente, elle la vit entrer dans le salon où la comtesse Sarah se trouvait seule, et lui donner sa lettre...
Ainsi, Mlle Henriette était trahie par cette fille qu'elle croyait toute dévouée à ses intérêts, et depuis quand trahie? Depuis le premier jour peut-être... Ah! que de choses cela lui expliquait qui lui avaient paru incompréhensibles!
Cette dernière infamie devait la faire sortir violemment de sa réserve.
Elle se précipita dans le salon, pourpre de honte et de colère, et d'un ton farouche: