—Mais à quoi bon revenir sur le passé, murmura-telle, secouant la torpeur qui l'engourdissait, je dois me défendre d'y penser...

Et pour occuper son esprit, elle se leva et se mit à reconnaître et à inventorier sa nouvelle demeure.

C'était un de ces logements dont jamais les propriétaires ne s'occupent, où la plus légère réparation leur semblerait ridicule, tant ils sont sûrs de les louer quand même et tels quels.

Le carreau, jadis mis en couleur, s'émiettait, et nombre de briques branlaient dans leur alvéole de ciment... Le plafond crevassé s'écaillait, tout maculé le long des murs de traces de chandelle... Le papier, d'un gris sale et gras, misérablement éraillé, gardait l'empreinte de tous les locataires qui s'étaient succédé depuis qu'il avait été posé.

Le mobilier était d'ailleurs digne du logis: un lit de noyer, drapé de rideaux de perse fanée, une commode, une table, deux chaises et un méchant fauteuil le constituaient....

Devant la fenêtre, un rideau, trop court pendait... Il y avait devant le lit un mauvais tapis, et sur la cheminée une pendule à sujet en zinc doré, entre deux vases de verre bleu...

Rien de plus...

Comment M. de Brévan avait-il pu choisir pour la recevoir, un pareil réduit, voilà ce que ne s'expliquait pas nettement Mlle Henriette.

Il lui avait dit, et elle le croyait, que les plus excessives précautions étaient nécessaires. Mais eût-elle été beaucoup plus compromise et bien plus en danger d'être retrouvée par la comtesse Sarah, si on eût arrangé le papier, caché le carreau sous un modeste tapis de feutre et emménagé des meubles un peu plus confortables!...

Cependant, elle ne concevait pour cela nul soupçon, pas plus qu'elle n'en avait conçu pendant la soirée qui venait de s'écouler, en remarquant les façons étranges de M. de Brévan.