Moins malheureux eût été Daniel, si tout à coup on fût venu lui dire: «Mlle de la Ville-Handry n'est plus!»
Oui, moins malheureux, car la passion vraie, en son farouche égoïsme, souffre moins de la mort que de la trahison.
Henriette morte, Daniel eût été écrasé, et il se peut que son désespoir l'eût porté aux plus fatales extrémités, mais il eût été délivré de cet horrible combat qui se livrait en lui, entre sa foi aux promesses de sa fiancée et des soupçons qui lui faisaient dresser les cheveux sur la tête.
Mais il savait que Mlle de la Ville-Handry vivait.
Il n'était guère de vaisseau arrivant de France ou d'Angleterre qui ne lui apportât une lettre de M. de Brévan ou de la comtesse Sarah.
Car la comtesse Sarah s'obstinait à lui écrire, comme si un lien mystérieux existait entre eux qu'elle le défiait de briser.
«J'obéis, disait-elle, à une impulsion plus puissante que ma raison et que ma volonté... C'est plus fort que moi, plus fort que tout, il faut que je vous écrive, il le faut.»
Elle disait, d'autres fois:
«Vous souvenez-vous de cette nuit, Daniel, où, pressant entre vos bras Sarah Brandon, vous lui juriez d'être tout à elle? La comtesse de la Ville-Handry ne saurait l'oublier.»
Et sous ses phrases les plus indifférentes, on sentait palpiter une passion difficilement contenue et près d'éclater... Et ses lettres ressemblaient à ces conversations d'amoureux timides, qui parlent de la pluie et du beau temps d'une voix frémissante de désirs en échangeant des regards enflammés...