C'était Sarah... elle obéit.
Souvent le digne Allemand a raconté le sentiment de compassion profonde qui lui serra le cœur, quand il vit entrer dans son atelier cette grande fille de quatorze ans, une enfant, déjà flétrie par le vice, maigre comme la faim et grelottant sous une mince robe d'indienne.
Mais il fut en même temps ébloui des promesses de sa beauté, des pures sonorités de sa voix que rien n'avait pu altérer, et de la surprenante intelligence de sa physionomie.
Il la devina... il la vit par la pensée, telle qu'elle serait à vingt ans.
Alors il lui demanda comment elle en était réduite à chanter dans les cours, qui elle était, où demeuraient ses parents et ce qu'ils faisaient.
Et quand elle lui eût répondu qu'elle était seule au monde, ne dépendant que de sa volonté:
«—Eh bien! lui dit-il, si tu veux rester ici, je t'adopte, tu seras ma fille, je ferai de toi une artiste de génie!...»
L'atelier était tiède; il faisait un froid noir au dehors; Sarah était sans asile et à jeun depuis vingt-quatre heures... Elle accepta.
Elle accepta, ne pouvant croire en sa perversité précoce, que ce vieux homme n'eût pas d'autres intentions que celles qu'il disait.
Elle se trompait... Rencontrant une organisation incomparable, il ne songeait qu'à en faire jaillir un prodige qui étonnerait le monde. Et il se consacra tout entier à sa protégée, avec l'ardeur enthousiaste de l'artiste et la passion jalouse de l'amateur...