Cette noble famille étant éteinte, Justin se dit qu'il la continuerait.
Il savait que les Brévan étaient originaires du Maine, qu'ils avaient eu autrefois des propriétés immenses aux environs du Mans, et qu'ils n'y avaient pas paru depuis plus de vingt ans.
Se souviendrait-on encore d'eux dans un pays où ils avaient été tout-puissants? Assurément oui. Se serait-on assez inquiété d'eux pour savoir au juste ce qu'étaient devenus le marquis et ses fils? Evidemment non.
Tout le plan de Chevassat reposait sur ces calculs...
Libéré, il ne s'inquiéta que de faire perdre ses traces, et quand il se crut sûr d'y être parvenu, il se rendit au Mans, sous le nom de celui des fils du marquis dont l'âge se rapprochait le plus du sien.
Qu'il fût bien véritablement Maxime de Brévan, c'est ce dont personne ne douta une minute. Qui donc eût douté, en le voyant racheter, moyennant quatre-vingt mille francs, l'ancienne maison de Brévan, une sorte de ruine à peine habitable, et une petite métairie qui en dépendait?
Car il poussa jusqu'à ce point le soin de son rôle. Et il paya comptant, prouvant ainsi, pour moi, que le juge d'instruction ne s'était point trompé, et que les Chevassat étaient réellement les complices de leur fils.
Et il eut la constance d'habiter quatre ans sa petite propriété, s'exerçant à la vie de gentilhomme campagnard, reçu à bras ouverts par la noblesse des environs, se créant des amis, des relations, des appuis, s'incarnant de plus en plus en Maxime de Brévan...
Quel but poursuivait-il à cette époque? J'ai toujours supposé qu'il espérait se marier richement et consolider ainsi définitivement sa situation... Et cet espoir fut bien près de se réaliser...
Il était sur le point d'épouser une jeune fille du Mans, qui lui eût apporté cinq cent mille francs de dot, les bans allaient être publiés, quand tout à coup le mariage fut rompu... on n'a jamais bien su pourquoi.