—Des puits de pétrole de feu son père, mon cher.... Le pétrole répond à tout...
C'était à croire que M. de Brévan prenait un détestable plaisir au désespoir de Daniel, tant il mettait de complaisance à lui montrer combien solidement et habilement était étayée la situation de miss Sarah Brandon.
Espérait-il donc, en lui prouvant l'inutilité d'une lutte avec elle, l'en détourner?...
Ou plutôt, connaissant bien Daniel,—bien mieux qu'il n'en était connu, hélas!—ne cherchait-il pas à le piquer au jeu en irritant son amour-propre...
Toujours est-il que de ce ton glacé qui donne au sarcasme une plus mordante et plus cruelle amertume, il poursuivit:
—Du reste, mon cher Daniel, si jamais vous êtes reçu chez miss Sarah Brandon, et on n'y est pas reçu sans patronage, je vous prie de le croire, vous serez confondu positivement du ton de son salon... On y respire un parfum d'hypocrisie à réjouir les narines d'un quaker... Le cant y règne dans toute sa gloire, bridant toutes les bouches et éteignant tous les regards...
Visiblement Daniel commençait à être fort désorienté.
—Voyons, voyons, interrompit-il, comment conciliez-vous tout cela avec l'existence mondaine de miss Sarah?
—Oh! parfaitement, cher ami, et là éclate le sublime de la politique de nos trois fourbes... Au dehors, miss Brandon est évaporée, légère, imprudente, coquette, tout ce que vous voudrez... Elle conduit elle-même, se coiffe de côté, retrousse ses jupes et abaisse son corsage... c'est son droit, paraît-il, d'après le code qui régit les jeunes filles américaines... Mais à la maison, elle s'incline devant les goûts et les volontés de sa parente, mistress Brian, laquelle affiche les pudeurs effarouchées des plus austères puritaines... Puis, il y a là le roide et long sir Tom qui ne badine pas... Oh! ils s'entendent, comme larrons en foire, et les rôles sont bien distribués...
Daniel eut un geste de découragement.