—Alors, moi, qu'ai-je fait? Ému de votre chagrin et touché de vos prières, je vous dis: «Eh bien! soit, monsieur, je vais vous rendre cette lettre...» Et, en effet, je vous la remis pour la porter à votre père, non tout ouverte, mais sous enveloppe cachetée...
—C'est vrai, murmurait le jeune, homme, c'est vrai...
Qui eût connu Me Roberjot eût lu dans ses yeux la certitude du succès.
—Sans doute, continuait-il, vous avez dû vous demander la raison de cette précaution que je prenais. Eh bien! monsieur, je vais vous la dire. Je voulais, en vous enlevant la faculté de lire cette lettre, vous éviter l'horrible douleur de mépriser votre père...
Il s'arrêta un moment comme pour laisser à sa phrase le soin de produire tout son effet; puis plus lentement:
—Par ce que j'ai fait, vous devez me juger et comprendre que je n'agis aujourd'hui que sous l'empire d'une inexorable nécessité. Il m'en coûte de vous affliger, mais j'ai des devoirs à remplir. J'ai à sauver l'honneur du duc de Maillefert et la vie de Mlle Simone et de Raymond Delorge. J'ai à défendre le bonheur de tous les gens que j'aime, je parlerai donc...
—Monsieur...
—Demandez à votre père ce que c'était que cette lettre, dans quelles circonstances il me l'avait écrite, et ce qu'elle contenait.
Peu à peu, l'ancien architecte, toujours si rouge d'ordinaire, était devenu livide. Ce n'était pas du sang, c'était de la bile et du fiel que la rage charriait à sa large face.
—Roberjot! murmura-t-il avec un terrible effort...