C'était plus aisé à conseiller qu'à exécuter. En apprenant les réponses de M. de Combelaine, en apprenant surtout que ses amis étaient allés consulter Me Roberjot, Raymond Delorge entra dans une colère furieuse, disant que c'était épouvantable, que c'était à n'oser plus se confier à personne, puisqu'on était trahi par ses meilleurs amis.
Le surlendemain, cependant, lorsque l'avocat arriva, Raymond paraissait fort calme, soit qu'il eût réfléchi, pendant les quarante-huit heures qui venaient de s'écouler, soit que l'avocat lui imposât beaucoup plus qu'il ne voulait l'avouer.
—Eh bien! je suis exact, j'espère! dit gaiement Me Roberjot. Est-on venu?...
—Pas encore, répondit Léon.
Et sans laisser à l'avocat le temps de répliquer, il l'entraîna jusqu'à une fenêtre ouverte, et bas et vivement:
—Raymond m'inquiète, lui dit-il. Je le connais, s'il est si tranquille, c'est qu'il médite quelque folie, pour le cas où M. de Combelaine persisterait dans son refus...
—Il y persistera, répondit Me Roberjot, ce n'est pas douteux. Néanmoins, rassurez-vous, mes mesures sont prises... Mais voici, je crois, notre ambassadeur.
Devant la maison, en effet, un coupé attelé de deux magnifiques chevaux venait de s'arrêter. Un gros homme en descendit, qui traversa le trottoir et disparut sous la porte cochère...
L'instant d'après, il entrait chez MM. Cornevin. C'était un homme d'environ quarante-cinq ans, portant de gros favoris noirs, trop bien mis et dont les mains épaisses faisaient craquer les gants gris perle.
—Je suis l'ami de M. le comte de Combelaine, messieurs, dit-il dès le seuil, et je viens, je viens...