«La fièvre qui l'avait saisi lorsqu'il avait vu son trésor menacé n'avait pas duré plus que le danger.
«Une fois en sûreté dans le vaisseau, il était tombé dans un tel anéantissement qu'il ne s'aperçut même pas qu'on levait l'ancre et qu'on mettait à la voile. Dieu sait si on s'en apercevait, cependant!...
«Le temps était affreux, le Rhône roulait et tanguait sur les lames comme une barrique vide, et je croyais que j'allais rendre l'âme, tant je souffrais du mal de mer. Ce n'est qu'au bout de huit jours que je revins tout à fait à moi.
«Nous n'étions pas à la noce sur ce bateau, et cependant nous n'y étions pas si mal qu'on me l'avait annoncé.
«Notre nourriture était exactement celle des matelots, moins l'eau-de-vie. Nous mangions assez souvent de la viande fraîche et on nous distribuait tous les jours un boujarron de vin. La nuit nous avions un hamac.
«Ce qui faisait notre bonheur, c'était que nous étions très peu de transportés à bord, et que le commandant était un bon homme. Le jour du départ, il nous avait dit: Tant que vous serez sages et soumis, je vous accorderai tout ce que permet le règlement. Mais au premier signe d'insubordination, plus rien. Je ne reviens jamais sur ce que j'ai dit. Si vous ne voulez pas que les bons pâtissent pour les mauvais, faites la police entre vous.
«C'était parler comme il faut, car il n'y eut pas une punition parmi les transportés pendant toute la traversée...
«Et pourtant nous avions à souffrir de bien des choses. Du manque d'air et d'exercice, principalement.
«Comme on nous faisait monter sur le pont par divisions, chacun de nous n'y restait guère que deux heures par jour.
«C'étaient mes meilleurs moments.