«Il ne se rappelait pas le nom de ce Français, mais il était persuadé que j'aurais de ses nouvelles par un ancien contrebandier nommé Pincheira, chez lequel il avait travaillé pendant plusieurs mois.

«Ce Pincheira habitait le port d'Eichato, à une petite distance de Talcahuana.

«A l'instant même je montai à cheval, et moins de trois heures plus tard j'étais en présence de l'ancien contrebandier.

«Dès les premiers mots que je prononçai, il m'interrompit pour me dire qu'il se souvenait et, aux détails qu'il me donna, je reconnus que j'étais enfin sur la trace...

«C'est sous le nom de Boutin que mon père s'était présenté à Pincheira. Il était dénué de tout, affamé et à peine vêtu.

«Pincheira en eut pitié et n'eut point à s'en repentir, car il n'avait jamais vu, me dit-il, un travailleur si obstiné. Apre au travail, mon père n'était pas moins âpre au gain. Il se privait de tout pour mettre de côté les quelques francs qu'il gagnait, disant qu'il avait besoin de devenir très riche, et qu'il le deviendrait ou qu'il mourrait à la peine.

«Un an plus tard, environ, le fils ainé de Pincheira ayant pris la détermination d'aller tenter la fortune en Australie, mon père partit avec lui.

«Depuis, Pincheira n'en a pas entendu parler, mais il ne doute pas que son fils, établi en Australie, à Melbourne, ne soit mieux informé que lui.

«Les derniers mots de Pincheira, lorsque je le quittai furent ceux-ci:

«—Votre père doit être plusieurs fois millionnaire ou mort...