—Elle donne la totalité des revenus, mais pour ce qui est du capital, elle ne peut pas en disposer, elle est liée par un serment...

La jeune duchesse haussa les épaules.

—Dites, reprit-elle, qu'elle veut absolument administrer, gérer, surveiller, calculer, tenir des comptes et des écritures, manier de l'argent, empiler des écus... C'est une passion comme une autre. Un serment!... Une femme qui aime se soucie bien d'un serment, en vérité!... Mais Simone a trop de tête pour qu'il lui reste beaucoup de cœur. C'est une de ces filles qui, selon les hasards de la vie, deviennent des héroïnes ou des martyres, mais des épouses ou des maîtresses, jamais!...

Raymond frémissait, mais il restait en apparence plus froid que glace.

—Vous haïssez Mlle Simone, madame la duchesse, dit-il.

—Moi! Et pourquoi? grand Dieu!

L'idée folle qui lui traversait le cerveau, Raymond ne la pouvait dire.

—Si vous ne la haïssez pas, reprit-il, pourquoi calomnier son cœur? Pourquoi l'accabler? Ne la trouvez-vous pas assez malheureuse!...

—Elle est plus malheureuse que les pierres.

—Eh bien! ne serait-ce pas de votre part une noble et généreuse action que de venir au secours d'une infortunée en butte à d'abominables persécutions! Ah! madame, si vous vouliez!... Vous avez tout pouvoir sur la duchesse de Maillefert, elle vous craint, elle fonde sur vos influences politiques ses projets d'avenir...