—Eh bien! s'écria M. de Boursonne, est-ce assez clair!... Nous voilà désormais édifiés sur le but véritable du voyage de M. Verdale et de ses dignes compagnons. Mme de Maillefert a imaginé quelque nouveau moyen de s'emparer de la fortune de Mlle Simone, et ils viennent lui prêter main forte. Et ils se croient si sûrs du succès que déjà ils se partagent les dépouilles de la pauvre fille.
—Elle a juré que jamais sous aucun prétexte elle ne vendrait ses terres, objecta Raymond...
—Sans doute. Aussi est-ce à la réduire à revenir sur son serment que doivent travailler nos honorables associés?...
Évidemment, là était le danger, et Raymond et M. de Boursonne oubliaient leur travail pour chercher comment le conjurer, lorsque sur les trois heures, tout à coup, ils virent apparaître, juché sur un tilbury à roues immenses, M. Bizet de Chenehutte en personne.
Sautant précipitamment à terre il courut à Raymond, dont il se mit à serrer furieusement les mains, lui jurant que depuis le matin il le cherchait par mer et par terre, pour lui offrir ses compliments de condoléance.
Car il savait tout, déclarait-il, absolument tout, et la démarche de Raymond et le refus qui l'avait accueillie. Mme de Larchère avait parlé, et il avait appris, comme tout le pays, la conduite abominable de la duchesse de Maillefert essayant de déshonorer sa fille.
—Mais c'est elle qui est déshonorée, ajoutait-il. La contrée tout entière est soulevée contre elle, on la couvrirait de huées si elle osait se montrer. A Saumur et à Angers toutes les portes lui seront fermées, elle n'a plus qu'à faire ses paquets...
Même le jour mémorable de son duel, Bizet n'était pas plus affairé.
—Cependant il faut que je vous quitte, messieurs, reprit-il. J'ai vingt visites encore à faire aujourd'hui. Je sème la nouvelle, je la répands, je la propage... Si je suis libre assez tôt j'irai vous demander à dîner... Au revoir.
Et avant que Raymond eût le temps d'articuler un mot, M. Bizet de Chenehutte était en voiture et fouettait son cheval.