Tel Raymond l'avait quitté, ce petit salon, tel il le revoyait. Le portrait du général Delorge occupait toujours le grand panneau en face de la cheminée. Et en travers de la toile, gardant encore la trace des scellés du commissaire de police de Passy, pendait toujours l'épée que le général portait le jour de sa mort.

—Ainsi, reprit Mme Delorge, lorsqu'elle eut fait asseoir son fils près d'elle, bien près, ainsi tu as eu cette bonne pensée de venir passer les fêtes du premier de l'an avec ta mère et ta sœur...

—Ah! quel bonheur! s'écria Mlle Pauline.

Raymond se leva. Cet accueil, cette joie le gênaient.

—Je viens pour longtemps sans doute, répondit-il. J'ai donné ma démission...

Ce fut au tour de Mme Delorge de se dresser.

—Ta démission, interrompit-elle; pourquoi?

Raymond hésita. L'influence de sa réponse sur l'avenir devait être énorme, il le sentait. Pourquoi ne pas tout dire? Une mère est-elle donc si terrible! Mais le courage lui manqua. Il recula devant le chagrin qu'il causerait, il eut peur des larmes encore plus que des reproches.

—Je n'ai pas cru, répondit-il, devoir me soumettre à une mesure exceptionnellement injuste de l'administration...

L'œil de Mme Delorge s'enflamma.