—Vous ne saurez jamais ce que j'ai enduré, murmura-t-il.
—Je sais que vous me torturez inutilement, et qu'il serait généreux à vous de vous éloigner...
—Pas avant de vous avoir parlé.
Il se rapprocha, et baissant le ton, de cette voix étouffée où frémit la passion la plus ardente:
—Je suis venu, reprit-il, pour vous éclairer sur la situation qui nous est faite. Au-dessus des conventions sociales, il y a le droit sacré, il y a le devoir de toute créature humaine de défendre sa vie et son bonheur. Les bornes sont dépassées de ce qui se peut souffrir, nous sommes dégagés. Donnez-moi la main et sortons la tête levée de cette maison maudite. C'est pour s'approprier votre fortune qu'on veut s'emparer de votre personne. Eh bien? abandonnez vos millions à qui les convoite. L'argent!... est-ce que nous y tenons, vous et moi? Est-ce que pour vous, d'ailleurs, je ne saurais pas en gagner des monceaux! Venez! Si vous n'avez pas été la plus fausse des femmes, vous allez venir!...
Le calme de Mlle Simone était celui de ces victimes résignées qui, dans le cirque, sous la griffe des tigres, offraient à Dieu leurs tortures.
—Ma destinée est fixée, dit-elle. Il n'est plus au pouvoir de personne de la changer. Je me dévoue à un intérêt que je juge supérieur à ma vie... Ne soyez pas jaloux, je ne trahis pas mes promesses, ce n'est pas à un autre homme que je suis fiancée, Raymond, c'est à la mort, et mon lit nuptial sera un cercueil. Un abîme de honte s'ouvrait, mon corps le comblera: ne le voyez-vous pas?...
Raymond parut réfléchir. Puis, après un moment de lourd silence, troublé seulement par les sanglots de miss Dodge:
—Eh bien! soit, s'écria-t-il, je m'éloignerai si vous consentez à m'apprendre à quelle cause sacrée vous nous sacrifiez. J'ai le droit de savoir et de juger. Ne donnez-vous pas ma vie en même temps que la vôtre?
—C'est un secret qui doit être enseveli avec moi!