Décision grave à prendre, si grave que Pascal hésita longtemps.
Il se sentait menacé du danger que se préparent les lieutenants trop utiles à leur chef. Son patron, accoutumé à se décharger sur lui de ses plus lourds soucis, lui pardonnerait-il de le quitter?
Or, il était indispensable qu’en s’établissant il conservât les bonnes grâces de l’avoué. La clientèle que ne pouvait manquer de lui amener une étude où il avait régné quatre ans était la plus solide base de ses calculs d’avenir.
Il réussit à sa satisfaction, non sans quelques tiraillements pourtant, et en n’employant que cette suprême finesse qui s’appelle la franchise absolue.
Il n’y avait pas quinze jours qu’il avait ouvert son cabinet, que déjà sept ou huit dossiers attendaient leur tour sur son bureau.
Ses débuts furent de ceux qui font sourire les vieux juges et leur arrachent cette précieuse prédiction:
—Voilà un garçon qui ira loin.
Il n’avait cependant pas cherché l’éclat, préoccupé de gagner la cause dont il était chargé bien plus que de briller aux dépens de son client. Modestie rare et qui le servit bien.
Les dix premiers mois d’exercice rapportèrent à Pascal environ huit mille francs, absorbés en partie par les frais d’une installation convenable.
La seconde année, ses honoraires augmentèrent de moitié; il vit sa position s’asseoir, et il exigea de sa mère qu’elle abandonnât sa fabrique.