Il lui prouva, ce qui était exact, qu’elle épargnerait au-delà de ce qu’elle gagnait en surveillant le ménage...
De ce moment, la mère et le fils, ces deux êtres si vaillants et si nobles, durent espérer que leur héroïque énergie avait désarmé la destinée.
Les clients affluaient si bien qu’il était décidé qu’on se rapprocherait du centre des affaires, le loyer dût-il en être doublé. L’assurance qui gagne à demi les causes venait avec la réputation, enfin il y avait une douzaine de mille francs en lieu sûr pour parer à toutes les éventualités.
Mme Férailleur avait quitté les vêtements noirs qu’elle portait depuis la mort de son mari... Elle devait bien cela à Pascal. Et d’ailleurs, après avoir cru qu’il n’était plus de bonheur ici-bas pour elle, elle comprenait qu’elle pouvait être heureuse en son fils.
Pascal n’avait donc plus qu’à tenir sa voile grande ouverte au vent du succès, quand M. Fernand de Coralth fut amené à son cabinet par une assez vilaine affaire,—une petite opération qu’il avait risquée et qui frisait l’escroquerie.
Chose étrange!... M. de Coralth ne déplut pas à Pascal.
Le travailleur honnête fut intéressé, presque séduit par les vices brillants de l’aventurier, par ses côtés équivoques, par sa hardiesse, se fatuité, son mirifique aplomb et son insoucieuse impudence. Il trouva une satisfaction de curiosité à étudier de près ce produit du terreau parisien, surprenant résumé de toutes les corruptions de l’époque.
Sans doute M. de Coralth ne laissa voir de sa vie et de ses ressources que ce qu’il voulut. Pascal ne sut pas tout, mais il en connut assez pour être bien averti de se défier d’un garçon qui traitait plus que cavalièrement la morale, et avait infiniment moins de scrupules que de besoins.
Ils se virent quelquefois, et véritablement ce fut Pascal qui pria le vicomte de le conduire à quelqu’une de ces réunions de la «haute vie» dont les journaux donnaient de si alléchantes descriptions.
Mme Férailleur faisait une partie de boston, comme tous les jeudis, avec quelques vieux amis, le soir où M. de Coralth vint chercher son ami l’avocat pour le conduire chez Mme d’Argelès.