—Pauvre enfant, murmura Mme Férailleur, peinée et rassurée en même temps, lui toujours si sobre... on l’aura fait boire.

L’erreur de Mme Férailleur était grande, et cependant les sensations de Pascal étaient exactement celles de l’ivresse.

Après avoir perdu pendant un temps assez long toute conscience de soi et des circonstances extérieures, il sentait un brouillard plus épais que les vapeurs de l’alcool envahir son cerveau.

Comment il était revenu chez lui, par quel chemin, ce qu’il avait fait en route, il lui eût été impossible de le dire.

Si même il était rentré, c’était machinalement, par la force de l’habitude, cette mémoire du corps.

Il lui semblait cependant qu’il s’était assis sur un banc aux Champs-Élysées, qu’il y avait eu extrêmement froid, et qu’un sergent de ville était venu le secouer, le menaçant du poste s’il ne se remettait pas en marche...

Ses derniers souvenirs précis s’arrêtaient brusquement rue de Berry, sur le seuil de l’hôtel de Mme d’Argelès.

Ainsi, il se rappelait fort bien qu’il avait descendu l’escalier lentement, que les domestiques, dans le vestibule, s’étaient écartés sur son passage, et qu’en traversant la cour il avait jeté le candélabre dont il s’était armé...

Puis, plus rien...

Une fois dans la rue, il avait été soudainement saisi par l’air vif, comme le buveur au sortir d’une salle à manger trop chauffée...