Peut-être le champagne qu’il avait bu avait-il contribué à ce désordre cérébral.

Et en ce moment, chez lui, assis dans son fauteuil, entouré d’objets familiers, il ne pouvait parvenir à rentrer en possession de lui-même.

Sa pensée flottante, comme le liége sur l’eau, se dérobait à sa volonté et lui échappait... Un invincible engourdissement de plus en plus le dominait.

Il eut bien juste la force de se jeter sur son lit, et aussitôt il s’endormit d’un sommeil de plomb, le sommeil des grandes crises, qu’on a observé même chez quelques condamnés à mort, la veille de leur exécution.

A quatre ou cinq reprises sa mère vint écouter à la porte, une fois même elle entra, et voyant son fils si profondément endormi, elle ne put s’empêcher de sourire.

—Pauvre Pascal, pensait-elle, il ne peut supporter d’autres excès que ceux du travail. Dieu! va-t-il être surpris et honteux quand il se réveillera...

Hélas! ce n’était pas la confusion d’une légère faiblesse, mais le désespoir qui attendait ce malheureux à son réveil...

D’un seul coup, tout d’un bloc et comme en une vision, son imagination lui retraça la scène de la nuit, lui représenta le présent et lui montra l’avenir...

Sans avoir le plein et libre exercice de ses facultés, il était du moins capable de réfléchir et de délibérer. Il essaya d’évaluer courageusement la situation.

Tout d’abord, quant aux événements passés, il n’eut pas l’ombre d’un doute. Il était, ainsi qu’il l’avait dit, tombé dans un piége ignoble. Qui l’y avait poussé?... M. de Coralth qui, placé à sa gauche, avait préparé les «mains» avec lesquelles il avait gagné. Cela lui semblait évident.