—Oui, tu as raison, et la mort est ton seul refuge...
Elle l’écoutait pétrifiée, la pupille dilatée par la stupeur et l’épouvante, incertaine si elle veillait ou si elle était le jouet de quelque épouvantable cauchemar. Car c’était là une de ces catastrophes inouïes qui s’écartent tellement du cercle des prévisions et des probabilités, que son entendement pouvait à peine la concevoir et l’admettre.
Mais elle ne doutait pas, elle, si les amis avaient douté.
C’est si son fils lui eût dit qu’il avait volé au jeu, qu’elle eût refusé de le croire.
Lorsqu’il eut terminé:
—Et tu voulais te tuer!... s’écria-t-elle. Tu n’as donc pas songé, insensé, que ta mort donnerait à tout jamais raison à la calomnie!
L’admirable, le sublime instinct de la mère venait de lui dicter la raison la plus victorieuse qui pût déterminer Pascal à vivre.
—Tu ne t’es donc pas dit, poursuivit-elle, que c’était manquer de courage, et que pour échapper aux souffrances présentes, tu allais ternir ton nom d’une éternelle flétrissure?... Cela t’eût arrêté, mon fils. Un nom est un dépôt sacré dont on n’a pas le droit de disposer ainsi... Ton père te l’a légué pur et honnête, tel tu dois le conserver... On essaie de le couvrir d’opprobre, tu dois vivre pour le défendre!...
Il baissa la tête, et d’un ton de lamentable découragement:
—Que puis-je faire! balbutia-t-il. Comment démêler une trame ourdie avec une si infernale habileté?... Sur le moment, si j’avais eu mon sang-froid, je pouvais peut-être me défendre et me justifier. Maintenant le mal est irréparable... Comment démasquer le traître, et quelles preuves de son infamie lui jeter à la face...