—Encore faudrait-il lutter avant de s’avouer vaincu, interrompit sévèrement Mme Férailleur... On ne déserte pas une tâche parce qu’elle est trop rude: on l’accepte, et si on meurt à la peine, on meurt du moins avec la conscience d’avoir fait son devoir.
—Ma mère!...
—Je te dois la vérité, mon fils!... Manquerais-tu donc d’énergie!... Allons, debout, et redresse la tête... Me laisseras-tu combattre seule!... car je combattrai, moi!
Sans mot dire, Pascal saisit les mains de Mme Férailleur et les porta à ses lèvres. Son visage était inondé de larmes. Ses nerfs tendus outre mesure se détendaient sous ces effluves de la tendresse et du dévouement maternels. La raison, d’ailleurs, reprenait son empire, et les généreux accents de sa mère trouvaient leur écho en lui. Il eût, à cette heure, repoussé le suicide comme un acte de démence ou une lâcheté...
Désormais, Mme Férailleur était sûre de la victoire; mais cette certitude ne lui suffisait pas, elle voulait engager Pascal.
—Il est évident, poursuivit-elle, que M. de Coralth est l’artisan de ce crime abominable... Mais quel intérêt y avait-il?... Voyons, Pascal, avait-il quelque raison de te craindre?... T’avait-il confié ou avait-il surpris un secret qui l’eût perdu si tu l’avais divulgué?...
—Non, ma mère.
—Alors il n’aura été que le vil instrument d’un autre aussi misérable que lui!... Rappelle bien tes souvenirs, mon fils, n’as-tu blessé aucun de ses amis? Es-tu sûr de ne faire obstacle à personne de son monde?... Réfléchis... Votre profession a ses périls et on s’y prépare des ennemis cruels. Il est de ces causes scandaleuses où un avocat est forcé de déchirer cruellement la vanité de ses adversaires...
Pascal tressaillit.
Il lui semblait qu’une lueur s’allumait au milieu des ténèbres, chétive et confuse, il est vrai, mais enfin une lueur.