C’est que s’il était dans son rôle de paraître accablé de malades, ces fameuses visites n’existaient encore que dans le lointain de ses espérances.
Son seul et unique client, depuis le commencement de la semaine, était un vieux portier de la rue de la Pépinière, qu’il visitait deux fois par jour, faute de mieux.
Le reste de son temps, il le passait à attendre la clientèle qui ne venait pas, et à maudire la médecine, une profession perdue, déclarait-il, ruinée par la concurrence, et, pour comble, embarrassée par la sotte obligation d’un décorum qui paralyse l’initiative individuelle.
S’il eût consacré à l’étude la moitié seulement des heures qu’il consumait en malédictions et en combinaisons également stériles, le docteur Jodon eût peut-être haussé son mérite, qui était médiocre, au niveau de ses ambitions, qui étaient immenses.
Mais, ni le travail, ni la patience, n’entraient dans son système.
Il était de son époque et prétendait arriver très-vite, très-haut et sans peine. Une certaine tenue, de l’aplomb, quelque chance et beaucoup de réclames devaient, paraît-il, suffire.
C’est avec cette conviction qu’il était venu se fixer rue de Courcelles, au centre d’un quartier opulent, dont les malades pauvres ont la ressource des consultations gratuites de l’hôpital Beaujon.
Mais les événements avaient trompé son attente.
Peu à peu, en dépit d’atroces privations héroïquement dissimulées, il voyait s’épuiser le petit capital qui constituait toute sa fortune, une vingtaine de mille francs, faible mise pour des prétentions si hautes.
Il avait encore payé son terme le matin même, mais il pouvait déjà calculer l’époque prochaine où il n’aurait plus de quoi le payer...