Le docteur soupira et, traversant son superbe salon d’attente, il alla s’asseoir dans son cabinet de consultations, au coin d’un feu plus que modeste.
Il était plus préoccupé encore que de coutume. La scène dont il avait été témoin chez le comte de Chalusse se représentait à sa mémoire avec une vivacité singulière, et il la tournait et retournait dans sa pensée, cherchant s’il n’y aurait pas quelque parti à tirer du mystère qu’il soupçonnait.
Car plus que jamais il croyait à un mystère, porté à imaginer l’impossible, comme tous les gens à qui les événements ordinaires réussissent mal...
Il se torturait l’esprit depuis une heure, quand le timbre de la porte d’entrée l’arracha à ses méditations.
A cette heure, qui pouvait venir?...
Bientôt son domestique parut, lui annonçant qu’il y avait dans le salon d’attente une dame qui se disait très-pressée...
—C’est bien, fit-il... qu’elle attende un moment.
Car il avait du moins ce mérite de ne jamais se départir de son programme. En aucune circonstance il n’admettait un client immédiatement; il voulait qu’on attendît, qu’on eût le temps de réfléchir aux avantages qu’il y a de s’adresser à un docteur très-occupé et qui a la vogue...
Au bout de dix minutes seulement il ouvrit, et une grosse dame s’avança vivement en relevant le voile qui cachait son visage.
Elle devait avoir dépassé quarante-cinq ans, et si elle avait été belle autrefois, il n’y paraissait plus guère. Elle avait des cheveux bruns grisonnants, rudes et épais, plantés très-bas sur le front, le nez épaté, de grosses lèvres bonasses et des yeux ternes sans expression.