Le juge de paix, à ce nom, releva un peu la tête, enveloppant Mlle Marguerite d’un regard perspicace.

Il espérait que quelque chose en elle lui apprendrait ce qu’elle pensait au juste de la femme de charge, et quel degré de confiance elle lui accordait.

Mais elle fut impénétrable.

—Après tant de traverses, poursuivit-elle, j’ai pu croire un instant que la destinée se lassait.

Oui, je l’ai cru, et quoi qu’il advienne, les mois que j’ai passés dans cette chère maison seront les plus heureux de ma vie...

Je m’y plus tout d’abord; j’y trouvais la solitude et la paix...

Mais quelle ne fut pas ma stupeur, le lendemain même de mon installation, lorsque descendant à mon petit jardin, j’aperçus debout, arrêté devant la grille, ce jeune homme que j’avais entrevu à Cannes, et dont la physionomie, après plus de deux ans, restait dans ma mémoire comme l’expression achevée des sentiments les meilleurs et les plus nobles.

J’eus comme un éblouissement. Quel mystérieux hasard l’avait fait s’arrêter là, précisément à cette heure?...

Ce qui est sûr, c’est qu’il me reconnut comme je le reconnaissais. Il me salua en souriant un peu, et je m’enfuis, indignée surtout de ne me point sentir d’indignation de son audace.

Je fis beaucoup de projets ce jour-là. Mais le lendemain, à la même heure, j’étais cachée derrière une persienne, et je le vis, comme la veille, s’arrêter et regarder avec une évidente anxiété...