Bientôt je sus qu’il demeurait tout près de là, avec sa mère, une femme veuve, et que chaque jour deux fois, en allant au Palais et en revenant, il passait devant ma maison.

Elle était devenue cramoisie, elle baissait les yeux, elle balbutiait...

Puis, tout à coup, rougissant de rougir, elle redressa le front, et d’une voix plus ferme:

—Vous dirai-je, monsieur, notre simple histoire?... A quoi bon!... De tout ce qui s’est passé, je n’aurais rien à cacher à ma mère, si j’avais une mère. Quelques causeries furtives, quelques lettres échangées, un serrement de main à travers la grille... et ce fut tout.

Cependant, j’eus un tort grave et irréparable... je manquai à la règle de ma vie: la franchise, et j’en suis cruellement punie. Je ne dis rien à M. de Chalusse... je n’osai pas.

Je souffrais de ma dissimulation, je me jurais de tout avouer, mais je m’ajournais de semaine en semaine... Chaque soir, je me disais: «Ce sera pour demain...» et le lendemain: «Allons, je m’accorde encore cette journée...»

C’est que je connaissais les préjugés aristocratiques du comte, je savais quels grands projets d’établissement il caressait pour moi, et il était l’arbitre de mon avenir.

Et d’un autre côté, Pascal ne cessait de me répéter:

—De grâce, mon amie, ne parlez pas... ma position grandit... Il ne faut qu’une occasion pour la mettre en évidence. D’un jour à l’autre je puis être célèbre... Alors, j’irai voir votre tuteur. Mais au nom du ciel, attendez!

Je m’expliquais ces prières de Pascal. Je lisais dans sa pensée que l’immense fortune de M. de Chalusse l’épouvantait et qu’il avait peur d’être taxé de cupidité...