Parler la première eût été une imprudence insigne.
Je connaissais assez le comte pour savoir qu’il était de ces hommes dont on ne doit jamais devancer les intentions.
J’attendais donc, sinon avec calme, du moins avec résignation, rassemblant toute mon énergie pour l’heure décisive.
C’est que je ne suis pas une héroïne de roman, monsieur, je l’avoue à ma honte... Je n’ai pas pour l’argent tout le mépris qu’il mérite... J’étais bien résolue à me marier quand même selon mon cœur; mais j’aurais désiré... je souhaitais que M. de Chalusse me donnât non une fortune, mais une modeste dot...
Lui cependant était devenu plus expansif, et il me laissa voir qu’il s’employait à réunir le plus d’argent comptant possible.
Je voyais venir fréquemment des hommes d’affaires, et quand ils étaient partis, M. de Chalusse me montrait des liasses de billets et de titres en me disant:
—Vous voyez qu’on songe à votre avenir, chère Marguerite.
C’est une justice à lui rendre, maintenant qu’il n’est plus, cet avenir a été la constante préoccupation des derniers mois de sa vie.
Moins de quinze jours après s’être chargé de moi, il avait fait un testament par lequel il m’adoptait et m’instituait son unique héritière.
Ce testament fut déchiré, comme m’offrant pas assez de sécurité, prétendait-il, et une douzaine d’autres eurent le même sort.