Mme de Fondège, «la générale,» rêche personne à nez mince et à lèvres pincées, assurait que son mari n’était pas si terrible qu’il en avait l’air.
Il ne passait point pour un aigle, et faisait profession de n’entendre goutte aux affaires.
On ne savait rien de sa fortune; mais il avait beaucoup d’amis chez lesquels il allait dîner, et on vantait la sûreté de ses relations.
Ce digne homme ne fit pas la moindre attention au marquis de Valorsay, bien qu’ils fussent intimes.
Il marcha droit sur Mlle Marguerite, et l’ayant saisie entre ses grands bras, il se mit à la presser contre sa poitrine, lui brossant le visage de sa rude moustache, sous prétexte de l’embrasser...
—Du courage!... ma petite amie, grondait-il, du courage!... Ne vous laissez pas abattre, morbleu!... prenez exemple sur moi, regardez-moi!...
Il s’était reculé, et il était grotesque à voir par suite de l’effort extraordinaire qu’il faisait pour concilier et comprimer la douleur de l’ami et le stoïcisme du soldat.
Bientôt il reprit:
—Vous devez m’en vouloir, mignonne, d’arriver si tard!... Il n’y a pas de ma faute. J’étais chez Mme de Rochecote, quand on est venu chez moi de votre part... Je rentre, on m’apprend l’affreuse nouvelle!... Ç’a été comme un coup de canon!... Un ami de trente ans, mille tonnerres!... J’ai été le témoin de son premier duel. Pauvre Chalusse! Un gaillard solide comme un chêne, qui devait nous enterrer tous!... Mais c’est ainsi... les meilleurs défilent toujours la parade les premiers!...
Le marquis de Valorsay avait battu en retraite; le juge de paix s’effaçait dans l’ombre, et Mlle Marguerite se taisait, habituée aux façons du général, sachant bien qu’il n’y avait guère moyen de placer un mot quand il avait pris la parole.