Et aussitôt, la pauvre fille se mit à raconter brièvement les scènes douloureuses qui s’étaient succédées depuis vingt-quatre heures.
Moins préoccupée, elle eût vu que le général ne l’écoutait pas.
Il était assis près du bureau de M. de Chalusse, séparé du juge de paix par des casiers, le coude sur la tablette, et machinalement il s’était mis à jouer avec les lettres à l’adresse du comte apportées l’instant d’avant par Mme Léon.
Bientôt, il y en eut une qui s’empara impérieusement et exclusivement de toute son attention. Elle l’attirait, elle le fascinait, il la couvait de ses regards enflammés, et quand il la touchait, sa main tremblait ou se crispait.
Sa face était devenue livide, ses yeux se troublaient, sa respiration haletait et sifflait, une sueur glacée perlait à la racine de ses cheveux.
Si le juge de paix l’eût aperçu, il eût compris qu’il se passait en cet homme quelque chose d’extraordinaire et de terrible, qu’un affreux combat se livrait au dedans de lui-même...
Cela dura cinq bonnes minutes, puis tout à coup, étant sûr qu’on ne pouvait le voir, il enleva prestement la lettre et la glissa dans sa poche.
La pauvre Marguerite achevait son récit.
—Vous le voyez, monsieur, loin d’être riche, comme vous le pensiez, je suis sans asile et sans pain...
Le général s’était levé, et il marchait comme au hasard dans le cabinet, avec toutes les marques d’une agitation convulsive...