L’homme à qui on vient annoncer cette bonne nouvelle d’une rentrée inattendue, est d’ordinaire sans défiances et ne marchande guère le pot-de-vin qu’on lui demande.
La somme à recevoir l’éblouit si bien, qu’il craindrait, en discutant des clauses peut-être onéreuses, de perdre du temps et de reculer l’instant béni où il palpera.
Un traité est donc bientôt rédigé et signé, et alors le pisteur se révèle.
—Vous êtes, dit-il à son client, le parent de... un tel, n’est-ce pas? Oui. Eh bien, il est mort et vous héritez... Rendez grâce à Dieu et courons chercher l’argent.
Le plus souvent l’héritier s’exécute loyalement. En ce cas, tout est dit.
Mais il arrive aussi qu’une fois envoyé en possession il regimbe, se déclare écorché et prétend revenir sur le traité. Alors, il faut plaider. Il est vrai que presque toujours un bon arrêt du tribunal rappelle l’ingrat client à la reconnaissance.
En somme, ce fut jadis une fructueuse industrie, un peu gâtée peut-être par la concurrence, mais qui fait encore très-bien vivre son homme.
M. Isidore Fortunat était «pisteur d’héritages.»
Sans doute, il s’occupait en outre de beaucoup d’autres trafics un peu moins avouables; mais c’était là une des meilleures et des plus solides cordes de son arc.
Cela explique comment sa première fureur apaisée, il avait si promptement fait son deuil des 40,000 francs qu’il avait avancés au marquis de Valorsay.