Changeant immédiatement ses batteries, il s’était dit que du moment où la mort soudaine de M. de Chalusse lui engloutissait cette somme, c’était bien le moins qu’il la repêchât dans la succession, en découvrant quelque héritier inconnu de tant de millions désormais sans maître.
Ainsi, ce qui s’en était allé par la flûte lui reviendrait par le tambour.
Il avait quelques raisons d’espérer.
Ayant eu autrefois des relations avec M. de Chalusse, quand il faisait rechercher Mlle Marguerite, M. Fortunat avait pénétré assez avant dans la confiance du comte pour soupçonner quantité de choses dont un homme comme lui tire toujours parti.
Les renseignements qu’il avait obtenus de la Vantrasson avaient si bien gonflé ses espérances, qu’à un moment il s’était dit:
—Eh! eh!... c’est peut-être un mal pour un bien.
Néanmoins, après son orageuse discussion avec le marquis de Valorsay, M. Isidore Fortunat dormit peu, et d’un mauvais sommeil.
On a beau être fort, une perte sèche de 40,000 francs ne dispose pas à des rêves couleur de rose, et M. Fortunat avait cette faiblesse de tenir à son argent comme à la moelle de ses os.
Il y tenait en raison directe du mal qu’il lui avait donné à conquérir, des hasards courus et des périls surmontés.
Bravement il se répétait en manière de consolation: «Je triplerai cette somme,» cet encouragement ne lui rendait pas sa sérénité. C’est que le gain n’était qu’une probabilité, et sa perte était une certitude.