Aussi se tournait-il et se retournait-il sur ses matelas comme sur un gril, s’épuisant en hypothèses, se préparant aux difficultés qu’il aurait à vaincre.
Son plan était simple; l’exécution était terriblement compliquée.
Se dire: je retrouverai la sœur de M. de Chalusse si elle vit encore, je découvrirai les enfants si elle est morte et j’aurai ma bonne part de la succession, se dire cela était fort joli... Comment le faire?
Où prendre cette infortunée qui depuis trente ans avait abandonné sa famille pour fuir on ne savait où ni avec qui?... Comment se faire une idée de la vie qu’elle avait vécue et des hasards de sa destinée?... A quel degré de l’échelle sociale et dans quel monde commencer les investigations?... Autant de problèmes!
Ces filles de grande maison que le vertige saisit et qui désertent le foyer paternel, finissent presque toutes misérablement après une lamentable existence.
La fille du peuple armée pour le malheur et pour la lutte, fatalement expérimentée, peut mesurer et calculer sa chute, et jusqu’à un certain point la régler et la maîtriser.
Les autres, non. Elles ignorent tout, sont sans défense et s’abandonnent.
Et précisément parce qu’elles ont été précipitées de plus haut, elles roulent plus bas, et souvent jusqu’au fond des plus impurs cloaques de la civilisation.
—Que ne suis-je à demain, pensait M. Isidore Fortunat, que ne puis-je me mettre sur-le-champ à l’œuvre!...
Au petit jour, cependant, il s’assoupit si bien que vers les neuf heures, Mme Dodelin, sa gouvernante, fut obligée de le réveiller.