—Hélas!... j’en ai bien peur.

Ce que voulait ce client, M. Fortunat le savait désormais; seulement il a pour principe de n’aller jamais au-devant des explications des gens.

—Veuillez m’exposer votre cas, dit-il.

Le négociant rougit. La vérité était dure à avouer, et lui coûtait.

—Voici la chose, répondit-il enfin. J’ai parmi mes créanciers des ennemis, de sorte que je n’obtiendrai pas mon concordat... C’est réglé... On me prendra tout ce que j’ai... que deviendrai-je après?... Faudra-t-il donc que je crève de faim!...

—La perspective est pénible.

—N’est-ce pas, monsieur... Et c’est pour cela que je désirerais... si c’était possible... si c’était sans danger.... car je suis honnête homme, monsieur!... Je voudrais me ménager quelques petites ressources... secrètement... non pour moi, grand Dieu!... mais j’ai une jeune femme, si bien que...

L’agent d’affaires eut pitié de son embarras.

—Bref, interrompit-il, vous voudriez dissimuler et soustraire à vos créanciers une partie de votre actif.

A cette formule nette et crue de ses honorables intentions, le marchand de charbons tressauta sur sa chaise. Sa probité, qui eût accepté une périphrase, se révoltait de l’expression propre.