—Oh! monsieur... protesta-t-il, je me brûlerais la cervelle plutôt que de faire tort d’un centime à qui que ce soit!... Ce que j’en fais, c’est dans l’intérêt de mes créanciers... Je recommencerai les affaires sous le nom de ma femme, et si je réussis, ils seront tous payés... oui, monsieur, intégralement, capital et intérêts... Ah! s’il ne s’agissait que de moi!... Mais j’ai deux enfants, deux petites filles, de façon que...
—C’est bien, prononça M. Fortunat. Je vous fournirai le même expédient qu’à votre ami Bouscat... Il est infaillible, si vous pouvez, avant de vous mettre en faillite, rassembler un certain capital.
—Je le puis, en vendant au-dessous du cours une partie des marchandises qui constituent mon actif, et j’en ai beaucoup, de sorte que...
—En ce cas, vous êtes sauvé... Vendez et mettez l’argent à l’abri.
L’estimable négociant se grattait l’oreille.
—Excusez-moi, fit-il, j’avais songé à ce moyen; mais il m’a paru... indélicat et aussi terriblement dangereux... Comment expliquer la diminution de mon actif? Mes créanciers me haïssent... S’ils soupçonnaient quelque chose, ils m’accuseraient de banqueroute frauduleuse, et on me mettrait en prison, et alors...
M. Fortunat haussait les épaules.
—Quand je donne un conseil, déclara-t-il brusquement, je fournis les moyens de le suivre sans danger. Écoutez-moi attentivement.
Supposons qu’autrefois vous ayez acheté très-cher des valeurs aujourd’hui totalement dépréciées... Ne pourriez-vous pas les faire figurer à votre actif au lieu et place de la somme que vous voulez mettre à l’abri?... Vos créanciers les admettraient non pour ce qu’elles valent, mais pour ce qu’elles ont valu.
—Évidemment! Le malheur est que je n’ai pas de valeurs, de manière que...