Leur échappe-t-il?... C’est la mort.
Ce qui ajoutait encore à l’horreur de ses réflexions, c’était le sentiment accablant de son isolement.
Plus encore que l’homme, la femme a l’épouvante de l’abandon.
Et elle, n’était-elle pas abandonnée, délaissée... Au milieu de ce Paris égoïste, bruyant et affairé, n’était-elle pas plus perdue qu’en un désert...
Sur qui s’appuyer? Sur Mme Léon?... Elle se défiait horriblement de cette doucereuse personne. Sur un des deux hommes qui avaient demandé sa main?... Était-ce possible!... Le marquis de Valorsay lui inspirait un insurmontable dégoût, et elle méprisait M. de Fondège, «le général.»
Ainsi donc, son seul ami, son unique protecteur était un inconnu... Ce vieux juge de paix qui avait pris sa défense, qui avait confondu les calomnies des domestiques, et à qui elle avait ouvert son âme...
Mais il ne tarderait pas à l’oublier, pensait-elle, et alors son imagination lui représentait avec une vivacité extraordinaire l’effrayant tableau de son avenir.
Elle savait, elle, l’ancienne apprentie de la rue Saint-Denis, les humiliations et les périls qui attendent une pauvre fille esseulée et quels piéges ignobles on peut lui tendre...
Ainsi, durant plus d’un quart d’heure, ses idées tourbillonnèrent comme les feuilles mortes au souffle furieux de la tempête, et les plus sinistres pressentiments, les projets les plus impossibles s’entrechoquèrent dans le chaos de son cerveau.
Cependant, elle était trop vaillante pour rester ainsi écrasée.