—A votre place, hasarda M. Fortunat, j’aurais quitté mon mari...
—Oui... je sais bien!... On me l’a conseillé, et même... j’ai essayé... Trois ou quatre fois je me suis sauvée, et toujours je suis revenue... c’était plus fort que moi. D’ailleurs, je suis sa femme, n’est-ce pas; je l’ai bien payé, il est à moi, je ne veux pas qu’il soit à une autre... Il me roue de coups, je le méprise, je le haïs, et cependant...
Elle se versa un demi-verre d’eau-de-vie, et l’avala en disant avec un geste de rage:
—Il me le faut, quoi!... C’est la fatalité qui le veut. Et ce sera comme cela jusqu’à la fin, jusqu’à ce qu’il crève... ou moi!...
M. Fortunat avait pris une physionomie de circonstance, on l’eût dit intéressé et attendri au plus haut degré; au fond il se désolait.
Le temps se passait et la conversation de plus en plus s’écartait de son but. Heureusement une occasion se présenta de la ramener.
—Je m’étonne, madame, fit-il, que vous ne vous adressiez pas à votre ancien maître, M. le comte de Chalusse.
—Hélas!... je me suis adressée à lui, monsieur, et plusieurs fois...
—En ce cas...
—La première fois, il m’a reçue, je lui ai dit mon malheur et il m’a mis cinq billets de mille francs dans la main.