Il en trouva deux. L’un qui était en train de mal tourner, l’autre qui, depuis dix-huit mois qu’ils s’étaient perdus de vue, avait gaspillé le modeste capital qui constituait tout son avoir, une quarantaine de mille francs.
Quoiqu’il en coûtât extraordinairement à son amour-propre, M. Wilkie dut avouer à ses anciens camarades, qu’il jouissait de sa liberté pour la première fois et qu’il en était quelque peu embarrassé.
Eux naturellement, qui avaient le pied marin, à ce qu’ils affirmaient, lui jurèrent qu’ils l’auraient vite mis au fait de la seule vie que puisse mener à Paris un garçon intelligent. Et pour le lui prouver, ils acceptèrent le dîner qu’il s’était empressé de leur offrir.
Ce fut un dîner remarquable. D’autres amis vinrent, on fit au dessert un petit bac de santé, et dans la nuit on dansa...
Et au petit jour, ayant payé son apprentissage au baccarat, M. Wilkie se trouva sans un sou en poche, en face d’une addition de quatre cents et quelques francs qu’il dut courir chercher chez lui sous l’escorte d’un garçon de restaurant.
Cette première épreuve eût dû le dégoûter ou tout au moins lui donner à réfléchir... mais non. Dans ce milieu de crevés besogneux et de... demoiselles plâtrées, il s’était senti dans son élément. Il se jura qu’il y resterait et que même il s’y créerait une réputation et une influence.
C’était plus aisé à concevoir qu’à exécuter.
Il s’en aperçut bien, lorsqu’à la fin du mois il compta ce qu’il avait encore des cinq mille francs qu’on lui avait donnés pour un trimestre... Il lui restait quinze louis et quelque menue monnaie.
C’est que vingt mille francs par an, c’est selon qu’on arrange sa vie, la fortune ou la misère.
Vingt mille francs par an donnent environ trois louis par jour... Or, qu’est-ce que trois louis, pour un aimable viveur qui prétend déjeuner et dîner dans les meilleurs restaurants et se faire habiller par les tailleurs illustres qui ne coupent pas un pantalon à moins de cent francs...