Qu’est-ce que trois louis par jour pour un imbécile, qui loue des loges aux premières représentations, qui joue, qui soupe, qui promène des demoiselles à cheveux jaunes et qui commandite un cheval de courses...

Mesurant son budget et son ambition, M. Wilkie reconnut que jamais il ne nouerait les deux bouts.

—Comment donc font les autres? se demanda-t-il.

Question grave?... Tous les soirs, entre la chaussée-d’Antin et le faubourg Montmartre, mille messieurs se promènent, étincelants de chic, le londrès à la bouche, une fleur à la boutonnière, que tout le monde connaît, qui connaissent tout le monde, et dont l’existence est un insoluble problème.

Comment vivent-ils, et de quoi? Ils n’ont pas de patrimoine, on le sait; ils ne font rien, on le voit, et cependant nulle dépense ne les étonne, ils raillent agréablement le travail et bernent l’économie... De quels filons malpropres tirent-ils leur argent? de quelles industries ténébreuses sont-ils les chevaliers?

M. Wilkie n’en chercha pas si long.

—On veut que je crève de faim, se dit-il. Ah! mais non!... Ce n’est pas à moi qu’on la fait, celle-là! Il faudra voir...

Et pour voir, en effet, il écrivit à M. Patterson.

Le grave Anglais, par le retour du courrier, envoya mille francs... une goutte d’eau. M. Wilkie devant déjà plus que cela, fut indigné.

—Ah!... il me fait poser, pensa-t-il... Eh bien, je vais lui monter une bonne scie, et nous allons rire...