Cependant, son irritation n’était pas si grande qu’il en oubliât ses intérêts sérieux. Il avait encore à s’informer de la validité de l’acte qu’il se proposait de faire signer à M. Wilkie.
L’homme d’affaires qu’il consulta lui répondit qu’un traité dans des conditions raisonnables serait très-probablement admis par un tribunal en cas de contestation, et il lui rédigea un petit projet qui dans son genre était un chef-d’œuvre...
Il n’était pas midi et le vicomte était libre d’agir! C’est alors qu’il regretta amèrement le délai qu’il avait demandé...
—Il faut que je retrouve Wilkie, se dit-il.
Mais il ne le retrouva que le soir, au café Riche, et en quel état!... La tête montée par les deux bouteilles de vin qu’il avait bues à son dîner et énumérant à haute voix les fantaisies qu’il se passerait quand il aurait des millions...
—Quelle brute!... pensa M. de Coralth furieux... Si je le lâche, qui sait les sottises qu’il dira ou fera... Allons, il n’y a pas à balancer, il faut le suivre...
Et il le suivit en effet chez Brébant, et il s’y ennuyait prodigieusement lorsque M. Wilkie eut la fâcheuse idée de faire monter Victor Chupin.
La scène qui eut lieu alors était de nature à émouvoir extraordinairement le vicomte.
Qui pouvait être ce jeune garçon qu’il ne se rappelait pas avoir jamais vu et qui le connaissait, qui savait son passé, qui lui avait jeté à la face comme la plus sanglante injure le prénom de Paul?
Assurément, il y avait là de quoi le faire trembler. Comment ce jeune garçon s’était-il trouvé là si à point pour ramasser le chapeau de M. Wilkie?... Était-ce par hasard? Non, il ne le croyait pas... Alors, quoi?... Il «filait» donc, il épiait donc quelqu’un?... Oui, très-probablement... Qui?... Lui, Coralth, sans aucun doute...