A traverser la vie comme il la traversait, on sème des ennemis à chaque pas; il s’en savait une collection imposante, et n’avait, pour les tenir en respect, que sa prodigieuse impudence et sa réputation de spadassin.

N’était-il pas tout simple qu’on lui tendît quelque piége?... C’était miracle qu’on ne lui en eût pas déjà tendu.

Les dangers qu’il entrevoyait étaient si terribles qu’il faillit renoncer à ses desseins sur Mme d’Argelès... Risquer de se faire une ennemie de cette femme, n’était-ce pas trop d’audace?

Toute sa journée du dimanche se consuma en hésitations. Se dégager était bien simple. Il débiterait quelque conte bleu à M. Wilkie et tout serait dit.

Mais d’un autre côté, lâcherait-il ainsi une proie de 500,000 francs pour le moins... Une fortune, l’indépendance, la sécurité de son avenir...

Non, mille fois non, c’était trop tentant!...

C’est pourquoi le lundi, sur les dix heures, un peu pâle par l’émotion, et plus grave que d’ordinaire il se présenta chez M. Wilkie.

—Causons peu et bien, lui dit-il d’une voix brève. Le secret que je vais vous révéler vous fera riche; mais je serais peut-être perdu si on savait que vous le tenez de moi. Vous allez donc me jurer, sur... sur votre honneur, que jamais, en aucune circonstance, pour quelque raison que ce soit, vous ne me trahirez.

M. Wilkie étendit la main, et d’un accent solennel:

—Je le jure! prononça-t-il.