Sur le palier du premier étage, devant la porte des salons, plusieurs valets de pied se tenaient... l’un d’eux s’avança pour le débarrasser de son pardessus, mais il le repoussa.

—Je ne veux pas entrer, dit-il durement, je veux seulement parler en particulier à Mme d’Argelès... Elle m’attend, prévenez-la, voici ma carte...

Le domestique hésitait, quand Jobin, l’homme de confiance, flairant peut-être quelque mystère, s’approcha.

—Faites passer la carte de Monsieur, commanda-t-il.

Et ouvrant à gauche de l’escalier un petit salon d’été éclairé par une seule lampe fort grosse, il pria M. Wilkie d’entrer, en disant:

—Que Monsieur prenne la peine de s’asseoir, Madame arrive.

M. Wilkie s’assit, et véritablement il en avait besoin.

Cet hôtel, ce luxe, ces valets, ces lumières, ces fleurs, tout cela l’impressionnait beaucoup plus qu’il ne voulait se l’avouer... Et en dépit de son affectation d’arrogance, il sentait vaciller le superbe aplomb qui lui était habituel, et qui était la fleur la plus délicate de son intelligence...

Même il sentait du côté de la poitrine, à la place du cœur, certains mouvements extraordinaires qui ressemblaient fort à des spasmes et à des palpitations... Pour la première fois, il songeait que cette femme, dont il venait bouleverser l’existence, n’était pas seulement l’héritière des millions du comte de Chalusse, qu’elle était aussi sa mère, c’est-à-dire la bonne fée dont l’invisible protection le suivait partout depuis qu’il était né...

La pensée qu’il commettait une action atroce traversa son esprit... Il la repoussa. Il n’y avait plus, d’ailleurs, à reculer, ni même à réfléchir.