C’est qu’il y avait cela, en effet, sur les cartes de visite de l’intéressant jeune homme. «Etudiant en droit» lui avait paru bourgeois et mesquin, et après de longues méditations, il avait trouvé ce triomphant qualificatif: «de l’école des haras.» De qui? de quoi? comment? Qu’est-ce-que cela voulait dire? Il ne le savait certes pas. Mais il estimait que cela faisait bien et le posait. École des haras, chevaux, courses, jockey, Pompier de Nanterre... tout cela se tenait. La logique des gens d’esprit tels que M. Wilkie est implacable.
—Mon Dieu, oui, répondit-il en appuyant avec affectation sur son nom, je suis M. Wilkie.
—Vous avez à me parler? fit Mme d’Argelès d’un ton sec.
—En effet, je voudrais...
—Eh bien!... je vous écoute, quoique votre moment soit assez mal choisi, en vérité... J’ai quatre-vingts personnes chez moi. Enfin, parlez!...
Parlez!... c’était facile à dire. Le malheur est que M. Wilkie ne pouvait articuler une syllabe. Sa langue, sèche, était comme paralysée, il lui semblait que c’était du sable qu’il avait dans la bouche en guise de salive.
D’un mouvement machinal, il passait et repassait le doigt entre son cou et son large faux-col; cela donnait du jeu à sa cravate, les paroles n’en sortaient pas plus aisément de son gosier...
C’est qu’il s’était imaginé Mme d’Argelès tout autre... Il s’était figuré qu’il aurait affaire à quelque farceuse à cheveux jaunes comme il en connaissait...
Et pas du tout; il trouvait une femme extraordinairement fière et imposante, qui pour employer son vocabulaire «l’épatait net.»
—Je vais vous dire, répétait-il, je vais vous dire...