Se confier à des étrangers... plus encore à des ennemis acharnés...
S’abandonner à de doucereux imposteurs, qu’on sait intéressés à notre perte, dont on a mesuré la scélératesse, et qu’on croit capables de tout...
Se mettre froidement et après mûres réflexions à la discrétion de redoutables hypocrites...
Affronter d’un œil calme et le sourire aux lèvres tout ce que l’inconnu a de mystérieux périls; braver les plus dangereuses séductions, les conseils perfides, les patelinages savamment calculés, des piéges et des embûches de toutes sortes, des violences, peut-être...
Cela exige une force d’âme peu commune, la plus superbe confiance en son énergie, le mépris du danger et l’inébranlable résolution de triompher ou de périr...
Tel est l’héroïsme qu’eut Mlle Marguerite, une jeune fille de vingt ans, le soir où elle quitta l’hôtel de Chalusse, pour accepter l’hospitalité de M. et Mme de Fondège.
Et pour comble, elle emmenait Mme Léon, sachant qu’elle avait tout à craindre de cette douce personne, et que c’était un espion du marquis de Valorsay qu’elle traînait à sa suite.
Pourtant, quelle que fût sa vaillance, au moment de monter dans la voiture du général le cœur faillit lui manquer.
Il y avait de la détresse dans le dernier regard dont elle embrassa la façade de l’hôtel, les objets familiers et le visage connu des domestiques...
Tout, elle regrettait tout de cette maison, la grande cour sablée, le large perron, les deux platanes, le joli pavillon d’entrée, et le vieux chien de garde qui tirait sur sa chaîne pour venir lui lécher les mains...