A une époque où le «chantage» de plus en plus, devient une industrie courante, où l’abominable trafic des correspondances compromettantes se fait presque au grand soleil, il était naturel qu’il hésitât à fournir à une inconnue le moyen de conserver une lettre, une preuve, que son auteur—elle-même l’avouait—se proposait de détruire...

Il réfléchissait donc, et en même temps il enveloppait Mlle Marguerite d’un regard perspicace, comme s’il eût espéré lire jusqu’au fond de sa conscience...

Était-il possible qu’avec ce front noble et pur, avec ces yeux où brillait la franchise, cette belle jeune fille méditât quelque lâche et ténébreuse perfidie...

Non, il ne pouvait le croire... A qui donc se fier si une telle physionomie mentait...

Une objection le détermina.

Il songea qu’il resterait forcément maître des épreuves, et il se dit que selon le contenu de la lettre il les livrerait ou les anéantirait...

—Mes fac-simile feraient certainement preuve en justice, madame, répondit-il, et même, ce ne serait pas la première fois qu’un tribunal rendrait un arrêt sur des pièces photographiées par moi...

Cependant l’employé était revenu rapportant l’appareil, et avec son aide le photographe le monta et le déposa dans le petit salon.

Puis, lorsque tout fut prêt:

—Veuillez me donner la lettre, madame, demanda-t-il.