Mais maintenant qu’il savait où attaquer et comment, et que l’instant d’engager la lutte était venu, d’indomptables énergies s’éveillaient en lui, il devenait de bronze, sûr qu’il n’était plus désormais d’événements capables de le déconcerter ou seulement de le troubler.

Semblable à ces rudes capitaines qui ne jouissent de la plénitude de leurs facultés que là où les autres, les faibles, perdent leur sang-froid, c’est-à-dire au moment de la bataille, Pascal sentait se dissiper les brouillards qui avaient obscurci son cerveau, et son intelligence se dégageait, acquérant une lucidité nouvelle et extraordinaire...

Les armes dont il allait se servir, lui répugnaient c’est vrai, mais ce n’était pas lui qui les avait choisies... Et puisque ses ennemis ne connaissaient que l’astuce ignoble et la duplicité, il était résolu à les dépasser et à les vaincre en ruses et en fourberies...

Aussi, tout en gagnant d’un pas rapide la demeure du marquis de Valorsay, inventoriait-il ses chances, récapitulant ses ressources, cherchant bien s’il n’oubliait rien, si par imprévoyance, il ne laissait pas quelque porte ouverte aux hasards contraires...

S’il échouait,—car il admettait la possibilité d’un premier échec sans y croire,—il ne voulait pas avoir à s’adresser de reproches.

Les imbéciles, seuls, se consolent en se répétant:

—Qui pouvait prévoir cela!...

Les forts prévoient... Et Pascal pensait bien avoir tout prévu.

Le matin, avant de sortir, il avait composé sa toilette avec un soin extrême.

Il avait compris que le costume subalterne qu’il avait revêtu la première fois n’était plus de mise. Un homme d’affaires du baron Trigault ne pouvait avoir l’air besogneux, car on se dore, à se frotter aux millionnaires, comme on se réchauffe en approchant du feu.