—Oui, monsieur le marquis.

—Veuillez donc vous asseoir... Je termine quelque chose... Je suis à vous à l’instant...

Pascal s’assit.

Une de ses frayeurs avait été de ne pas rester maître de lui quand il se trouverait en présence du misérable qui avait brisé son existence, détruit son bonheur et son avenir, qui lui avait pris plus que la vie en lui prenant l’honneur, et qui, en ce moment même, s’efforçait, par les plus infâmes manœuvres, de lui arracher la femme qu’il aimait, Mlle Marguerite...

—Si le sang me monte à la tête, pensait-il, je suis capable de sauter sur lui et de l’étrangler...

Eh bien!... non.

Ses artères ne battirent pas plus vite, et c’est avec un calme parfait,—le flegme des forts,—qu’il se mit à observer sournoisement M. de Valorsay...

S’il l’eût connu depuis seulement huit jours, il eût été stupéfié du changement qui s’était opéré en ce brillant gentilhomme, le type achevé des viveurs de la haute vie... Il n’était plus que l’ombre de lui-même.

A cette heure, surtout, où il n’avait pas reçu encore les soins intelligents et discrets de son valet de chambre, où nulle supercherie de toilette ne masquait sa précoce décrépitude, il était effrayant.

Son visage ravagé, son teint terreux marbré de plaques livides, ses paupières rougies et gonflées trahissaient de dures insomnies... Sa lèvre, d’ordinaire sarcastique et fière, pendait; des rides profondes sillonnaient son front crispé, et ses rares cheveux, en désordre, roides encore des cosmétiques de la vieille, ne suffisaient pas à dissimuler sa calvitie...