—Il faut faire entrer le fiacre dans la cour, commanda-t-il. M. Bourigeau, porte s’il vous plaît!...

Puis s’adressant à un jeune domestique:

—Et toi, ajouta-t-il, vite un médecin, n’importe lequel!... Cours au plus proche et ne reviens pas sans en ramener un.

Le concierge avait ouvert, mais le cocher avait disparu; on l’appela, pas de réponse. Ce fut encore le valet de chambre qui prit les deux petits chevaux par la bride, et qui amena fort adroitement la voiture devant le perron.

Les curieux écartés, il s’agissait de retirer du fiacre le comte de Chalusse, et cela présentait, en raison de la position bizarre du corps, les plus sérieuses difficultés. On réussit cependant en ouvrant les deux portières et en se mettant à trois.

On le plaça ensuite sur un fauteuil, on le monta à sa chambre et en moins de rien on l’eut déshabillé et couché.

Il ne donnait toujours pas signe de vie, et à le voir, la tête renversée sur ses oreillers, on devait croire que tout était fini.

C’était, d’ailleurs, à ne pas le reconnaître. Ses traits disparaissaient et se confondaient sous une bouffissure bleuâtre. Ses paupières étaient fermées et autour de ses yeux s’élargissait un cercle sanguinolent comme une meurtrissure. Un dernier spasme avait tordu ses lèvres, et sa bouche déplacée, inclinée tout à fait à droite et entr’ouverte, avait une expression sinistre.

Malgré des précautions inouïes, on l’avait blessé, en le dégageant; son front s’était heurté contre une ferrure, et de cette écorchure légère, un mince filet de sang coulait.

Il respirait encore, cependant, et en prêtant l’oreille, on entendait son souffle rauque, ce râle que Broussais compare au ronflement d’un soufflet engorgé.