Les valets, si bavards l’instant d’avant, se taisaient à cette heure. Ils restaient dans la chambre, mornes et blêmes, échangeant des regards de détresse. Quelques-uns avaient les larmes aux yeux.

Que se passait-il en eux? Peut-être subissaient-ils cet invincible effroi qui se dégage de la mort inattendue et soudaine... Ils aimaient peut-être, sans en avoir conscience, ce maître dont ils mangeaient le pain... Peut-être encore leur chagrin n’était-il qu’égoïsme, et se demandaient-ils ce qu’ils allaient devenir, où ils iraient, s’ils trouveraient une autre place et si elle serait bonne.

Ne sachant que faire, ils délibéraient à voix basse, chacun offrant quelque remède dont il avait entendu parler.

Les plus sensés proposaient d’aller prévenir Mademoiselle ou madame Léon, qui occupaient l’étage supérieur, lorsqu’un frôlement de robe contre l’huisserie de la porte, les fit tous retourner.

Celle qu’ils appelaient: «Mademoiselle,» était debout sur le seuil.

Mlle Marguerite était une belle jeune fille de vingt ans.

Elle était assez grande, brune, avec des yeux profonds que ses sourcils un peu accentués faisaient paraître plus sombres. Des masses épaisses de cheveux noirs encadraient son beau front pensif et triste. Il y avait quelque chose d’étrange en elle et d’un peu sauvage, une cruelle souffrance concentrée et une sorte de résignation hautaine.

—Que se passe-t-il? demanda-t-elle doucement. D’où vient tout ce bruit que j’ai entendu?... J’ai sonné trois fois, personne n’est venu.

Personne n’osa lui répondre.

Surprise, elle promena autour d’elle un rapide regard. D’où elle était, elle ne pouvait apercevoir le lit, placé dans une alcôve, mais elle vit d’un coup d’œil l’attitude morne des gens, les vêtements épars sur le tapis, et tout le désordre de cette chambre magnifique et sévère, éclairée par la seule lampe de M. Bourigeau, le concierge.