Ce qu’il y a de sûr, c’est que Chupin, qui connaissait tous les cabarets de la route d’Asnières, ne se rappelait pas avoir jamais vu trôner derrière un comptoir une puissante matrone telle que l’avait décrite le facteur.

Si, cependant, il se souvenait de la Vantrasson.

Mais imaginer une communauté d’intérêts quelconque entre Pascal et la mégère du Garni Modèle, n’était-ce pas folie! Cependant, comme il se trouvait dans une de ces situations où on doit tâter toutes les chances, c’est au Garni Modèle qu’il se rendit.

L’établissement, depuis le soir où il y était venu avec M. Isidore Fortunat, n’avait pas changé... Seulement au plein jour il paraissait plus sordide et plus sinistre... On voyait combien menaçait ruine cette grande maison restée inachevée faute d’argent, et les denrées amoncelées dans la boutique faisaient décidément horreur.

La Vantrasson n’était pas à son poste habituel, c’est-à-dire à son comptoir entre son chat noir, sa dernière affection, et les bouteilles où elle puisait son «mêlé-cassis,» sa consolation suprême ici-bas.

Il n’y avait dans le «débit» que le patron.

Assis tout au fond, devant une table, avec une chandelle allumée près de lui, il se livrait à une occupation bizarre et qui eût étrangement intrigué Chupin s’il l’eût remarquée.

Vantrasson faisait fondre à sa chandelle de la cire à bouteille, la laissait tomber sur la table, y apposait un sou, en manière de cachet, et ensuite, quand elle était refroidie, armé d’un mince couteau de vitrier, il s’évertuait à la détacher du bois sans abîmer l’empreinte...

Chupin ne prit pas garde à cela.

—La bourgeoise est absente, grommela-t-il, fameuse affaire!...