—Comment vous dire tout ce que j’ai souffert... poursuivait Pascal d’une voix saccadée. Les journaux vous ont tout appris, n’est-ce pas?... qu’on m’a accusé de tricher au jeu; qu’on m’a appelé voleur en face; qu’on a levé la main sur moi pour me fouiller; que mes amis les plus intimes m’ont renié; que j’ai été chassé du Palais... Tout cela est horrible, n’est-ce pas?... Eh bien! non, ce n’est rien, comparé à la douleur atroce, insoutenable que j’ai ressentie en pensant que vous ajoutiez foi à l’abominable calomnie qui me déshonorait.

Mlle Marguerite se dressa.

—Vous avez pensé cela, s’écria-t-elle, vous avez cru que je doutais de vous, moi!... Comme vous, je suis accusée d’un vol ignoble... Me soupçonnez-vous donc?...

—Dieu puissant! moi, vous soupçonner!...

—Alors pourquoi...

—Je n’avais plus ma raison, Marguerite, mon unique amie, j’étais fou!... Qui ne l’eût été à ma place!... C’était le lendemain du guet-apens infâme... J’avais fait demander Mme Léon, et je l’avais chargée pour vous d’une lettre où je vous conjurais de m’accorder cinq minutes...

—Hélas! je ne l’ai pas reçue, cette lettre.

—Je le sais maintenant, mais alors!... Alors, je suis allé vous attendre à la petite porte du jardin... mais c’est Mme Léon qui est venue... Elle m’apportait un billet au crayon, signé de votre nom, et qui était un éternel adieu... Et moi, insensé, je n’ai pas reconnu que ce billet était un faux...

Mlle Marguerite était confondue. Le voile se déchirait, la vérité lui apparaissait plus claire que le jour...

Elle se rappelait la confusion de l’indigne femme de charge, quand le lendemain de la mort du comte de Chalusse, elle l’avait surprise rentrant du jardin tout en désordre...