Et, sans s’arrêter aux protestations de la jeune fille, rapidement il lui expliqua comment et par quel concours de circonstances favorables il avait réussi à se glisser dans l’intimité de M. de Valorsay, à pénétrer ses desseins les plus secrets et à devenir en apparence son complice.

—Le but de ce misérable, poursuivait-il, est bien simple... Il prétend vous épouser. Pourquoi?... Parce que, sans vous en douter, vous êtes riche, mon amie, riche de toute la fortune du comte de Chalusse, votre père...

Cela vous surprend, n’est-ce pas? Eh bien! écoutez-moi.

Trompé par le marquis de Valorsay, le comte de Chalusse lui avait promis votre main... Ah! les choses étaient terriblement avancées sans qu’on vous eût prévenue, et tout était réglé et convenu...

Dès le principe, cependant, une grave difficulté s’était présentée. Le marquis voulait que votre père vous reconnût avant le mariage, et lui, résistait. «Cela m’exposerait aux plus sérieux dangers, disait-il... Je reconnaîtrai Marguerite par mon testament, en même temps que je l’instituerai ma seule héritière...» Mais le marquis n’entendait pas de cette oreille: «Je ne doute pas de vos dispositions actuelles, mon cher comte, objectait-il, seulement rien ne m’assure et vous n’êtes pas certain vous-même qu’elles ne changeront pas... Supposez une brouille, votre héritage nous échappe...»

Cette difficulté les arrêtait depuis longtemps, l’un exigeant des garanties, l’autre s’obstinant à n’en point donner, quand enfin M. de Chalusse s’avisa d’un expédient qui conciliait tout.

Il remit à M. de Valorsay un testament par lequel il vous reconnaissait et vous léguait toute sa fortune...

Cet acte inattaquable, le marquis l’a conservé précieusement. Il s’est bien gardé d’en parler et le brûlerait plutôt que de vous le rendre. Mais du jour où vous seriez sa femme, il le produirait et recueillerait ainsi les millions du comte de Chalusse...

—Ah! le vieux juge de paix avait deviné juste... murmura Mlle Marguerite.

Pascal ne l’entendit pas.