Toutes ses facultés étaient absorbées par la nécessité d’être clair, d’être bref surtout, car il avait bien des choses à dire encore et l’heure avançait...
—Pour ce qui est de la somme énorme qu’on vous accuse d’avoir détournée, continuait-il, je sais ce qu’elle est devenue... Elle est entre les mains de M. de Fondège...
—Je le sais, Pascal, j’en suis sûre, mais la preuve, la preuve!
—Elle existe, et c’est le marquis de Valorsay qui l’a.
—Est-ce possible, grand Dieu!... Ne vous abusez-vous pas?
—Je l’ai vue, mon amie, cette preuve accablante, irrécusable, je l’ai touchée, je l’ai tenue... Et elle explique tout ce qui nous avait paru inexplicable, incompréhensible, inouï...
La lettre reçue par M. de Chalusse le jour de sa mort lui était adressée par sa sœur... Elle lui demandait sa part de la succession paternelle, le menaçant d’un scandale terrible, s’il refusait de faire droit à sa juste réclamation...
Le comte était-il décidé à tout braver plutôt que de s’exécuter? Il y a lieu de le croire.
Ce qui est sûr, c’est qu’il haïssait d’une implacable haine non sa sœur, peut-être, mais l’homme qui l’avait séduite et qui, plus tard, inspiré par la cupidité, l’avait épousée. Mille et mille fois il avait juré que jamais le mari ni la femme n’auraient un centime des sommes immenses qu’il leur devait véritablement.
Dans de telles conditions, se croyant à la veille d’un procès, décidé à dissimuler sa fortune, les fonds qu’il venait de réaliser l’embarrassaient... Qu’en faire?